Déjà vu, jamais lassé : pourquoi revoir nos séries préférées ?

Par Leena Holly

L’automne : la saison du renouvellement. Une saison de transition, tant sur le plan météorologique que dans nos habitudes quotidiennes. On se prépare tout doucement à redevenir des homebodies (forcés ou non) et à se trouver des passe-temps qui entrent dans le peu de temps qu’il nous reste, tellement nos journées sont occupées par le système capitaliste dans lequel nous vivons.

Une chose que le capitalisme a faite de bien ? Les plateformes en continu ! Quel trésor que de pouvoir, pour moins de 20 $ (selon le forfait choisi, bien sûr), avoir accès à un catalogue de séries préférées qui peuvent toucher toutes les générations, de nos grands-parents à nos petits-enfants !

Un tout récent article de Martine Letarte, qui pose la question « Qu’est-ce qui vous rend mal à l’aise dans les séries des plateformes en continu ? », nous amène à réfléchir : ces séries nous procurent-elles un réel confort ou y a-t-il tellement d’options que nous nous sentons submergés et décidons de retourner à ce que nous connaissons déjà ? Une question fascinante à laquelle je laisserai Mme Letarte et ses recherches apporter une réponse.

De mon côté (ainsi que de celui de mon algorithme Instagram), l’envie de réécouter d’anciennes séries télévisées provient d’un mélange de nostalgie et de confort.

On doit se l’avouer: retrouvez nos meilleures amies de télé dès le premier épisode, c’est une excitation à laquelle peu de gens peuvent résister. Qui n’aimerait pas replonger dans les histoires d’amour rocambolesques de Carrie, Charlotte, Miranda et Samantha ? On en a déjà assez de nos propres histoires d’amour, qu’elles soient remplies d’action ou non. Mais pouvoir, pendant un moment (30 minutes par épisode), se déconnecter et se soucier des problèmes de quelqu’un d’autre, c’est presque thérapeutique.

Il y a aussi le plaisir de regarder des émissions qu’on n’a pas nécessairement pu apprécier à leur juste valeur parce qu’on était trop jeune. Prenons Les Frères Scott, par exemple. La série est sortie alors que j’étais au primaire. À l’époque, je n’avais pas la maturité nécessaire pour comprendre la profondeur de la rivalité entre les frères ni pour analyser certains aspects plus complexes de l’histoire.

Aujourd’hui, nous pouvons nous questionner sur des personnages comme Dan Scott et sur la façon dont on perçoit les méchants. Même s’il a commis un acte horrible, son personnage permet d’explorer une réalité plus nuancée : on juge souvent les gens de manière manichéenne selon leurs actions, alors que leur comportement et leurs imperfections peuvent aussi nous amener à réfléchir aux zones grises de l’être humain.

Le désir de regarder à nouveau des émissions anciennes ne vient donc pas seulement de l’hyperstimulation causée par tous les choix qui s’offrent à nous aujourd’hui. En effet, il y a des moments dans la vie où l’on a l’impression de perdre le contrôle. Tout semble sans importance et tout change si rapidement qu’on a parfois simplement besoin de retrouver un peu de stabilité. Un retour dans le monde fictif de Stars Hollow, où l’on sait que, chaque matin, malgré tout, Lorelai et Rory savoureront leur tasse de café chez Luke’s, nous procure un réconfort absolu.

Nos émissions de réconfort sont aussi des repères qui nous permettent de réfléchir à nous-mêmes. On se reconnaît dans un personnage, dans ses émotions ou dans ses réactions. Mais lorsqu’on le voit agir et que ses décisions ont des répercussions à long terme, cela peut nous amener, parfois inconsciemment, à réfléchir à nos propres choix et à éviter de reproduire certaines erreurs.

Je ne dis pas que les émissions de télévision peuvent remplacer l’aide professionnelle, loin de là. Mais elles peuvent parfois mettre en perspective une situation qu’on traverse. Elles nous amènent à nous poser des questions comme : « Est-ce que ça en vaut vraiment la peine ? Est-ce que j’ai bien réagi dans cette situation ? » Elles peuvent aussi nous faire réaliser qu’on a une conversation à avoir, une conversation qu’on a peut-être trop longtemps laissée de côté ou qu’on a craint d’affronter.

Je pense notamment à une conversation entre Monica et Rachel dans la série Friends, qui met en lumière toute la difficulté émotionnelle associée à ce déménagement. Au-delà du simple changement d’adresse, cette étape symbolise la fin d’un chapitre de leur vie et le début d’une nouvelle réalité.

Nos émissions de télé préférées sont donc bien plus qu’un simple passe-temps. Elles nous permettent de retourner à une époque qui nous semble aujourd’hui empreinte de nostalgie, de prendre le temps d’apprécier les personnages et de découvrir toute leur complexité, autant d’aspects qu’on n’avait pas nécessairement eu le temps de saisir à l’époque.

Après tout, à l’époque où ces émissions ont commencé, on ne pouvait pas toujours les regarder à notre rythme. Elles nous étaient présentées en rafale, à des moments et pendant des saisons bien précises… ou pas du tout ! Il fallait les regarder quand elles passaient, et tant pis si on manquait un épisode !

Bref, en ce bel automne, malgré le rythme effréné de la vie et les responsabilités qui s’accumulent, remercions nos séries de nous permettre de remonter le temps et de retrouver des histoires qui continuent de nous toucher, de nous faire réfléchir et de nous réconforter.

Merci à mon ourson virtuel : mes séries préférées.