Crédit photo : Michael Bonnette, Sid Lee.
Par Maxime Gravel
Après trois ans en communication à l’Université de Montréal, j’entends toujours les mêmes consignes des professeur(e)s à chaque début de session concernant l’IA générative. Elles traduisent un découragement face à un changement rapide et encore mal encadré. Nous sommes clairement dans une période de transition, tant dans le domaine académique que sur le marché du travail.
Qu’on le veuille ou non, l’IA générative est désormais bien implantée dans le domaine de la communication. Selon une étude de McKinsey publiée en 2023, plus de 65 % des organisations mondiales utilisent déjà au moins une forme d’IA générative dans leurs activités. Dans les communications, son usage est particulièrement visible : des étudiant(e)s s’en servent pour structurer des idées ou reformuler des textes, des organisations intègrent à leurs stratégies de veille et de création de contenu, et des agences de publicité l’utilisent pour accélérer certaines phases de conception (création visuel, recherche d’idée, écriture de scénarios, etc). Dans les relations publiques, l’IA sert aussi à rédiger des ébauches de communiqués ou à anticiper les questions des médias. L’IA n’est plus un outil marginal : elle fait désormais partie intégrante de l’écosystème professionnel en communication.
Cette réalité accentue ainsi le décalage entre les pratiques enseignées et celles acquises sur le terrain. Comme le souligne Anctil (2023) dans son étude sur l’intégrité académique et les habitudes étudiantes : « Face à l'événement ChatGPT, qui nous a fait abruptement entrer dans l’ère de l’IA générative, il est plus que temps que les cégeps et universités reconnaissent que nos politiques d’intégrité intellectuelle sont depuis longtemps en décalage avec la réalité techno numérique et les pratiques étudiantes » (Anctil, 2023).
Dans ce contexte, il serait pertinent que le programme de communication de l’UdeM propose un cours spécifiquement axé sur les impacts de l’IA générative. Non pas pour en faire la promotion, mais pour permettre aux étudiant(e)s de comprendre, d’analyser et de critiquer ses usages dans le champ de la communication. Le monde professionnel se transforme déjà, et l’Université a le devoir de rester à jour si elle veut remplir sa mission de formation.
Cette proposition répond d’ailleurs à des préoccupations très concrètes. Lors du premier cours de la session en cours, un professeur du département de communication a affirmé que neuf étudiant(e)s sur dix entreront directement sur le marché du travail après le baccalauréat. Or, il est de plus en plus probable qu’iels se retrouvent dans des organisations où l’IA générative est utilisée, parfois sans cadre clair, parfois sans réflexion éthique approfondie. Former les étudiant(e)s à reconnaître les limites, les biais et les enjeux de ces outils devient alors une responsabilité institutionnelle.
Plutôt que de répéter, à chaque début de session, que l’IA est « un outil à utiliser avec prudence » ou qu’il est « strictement interdit dans le cadre de ce cours », pourquoi ne pas offrir un espace structuré pour réfléchir à ses impacts réels ? Un cours dédié permettrait d’aborder les enjeux éthiques qu’il soulève, ses effets sur la créativité, sur la production de contenus, sur la crédibilité de l’information et même sur les conditions de travail en communication. Comprendre, analyser et réfléchir : voilà les compétences que devrait nous apporter un enseignement sur l’IA générative. L’enjeu n’est donc pas de former des expert(e)s techniques, mais bien de former des communicant(e)s capables d’évoluer de manière critique et responsable dans un milieu professionnel en pleine transformation.
Références :
Anctil, D. (2023). L’éducation supérieure à l’ère de l’IA générative. Réflexion pédagogique. Vol. 36, Nº3. Pages 66 à 76. https://eduq.info/xmlui/bitstream/handle/11515/38833/Anctil-36-3-23.pdf
Singla, A. & al. (2024). The state of AI in early 2024 : Gen AI adoption spikes and starts to generate value. Survey. https://www.mckinsey.com/capabilities/quantumblack/our-insights/the-state-of-ai-2024
Huong, L. (2025). L’IA générative à l’université : après la « panique totale », l’adaptation. L-express. https://l-express.ca/lia-generative-a-luniversite-apres-la-panique-totale-ladaptation/
