Haider, A. (2025). Stranger Things final season episode runtimes confirmed. Twisted Voxel. https://twistedvoxel.com/stranger-things-final-season-episode-runtimes-confirmed/
Par Annabelle Blais
Après que plusieurs personnes aient passé le temps des fêtes à binge-watcher la dernière saison de Stranger Things sur Netflix, il me semble bon d’aborder un sujet sur les séries télévisées. C’est pourquoi je vais faire une réflexion sur le lien que nous, spectateurs, développons avec des personnages fictifs, comme Lorelai Gilmore, Meredith Grey, Barney Stinson, Chandler Bing, et tellement plus encore.
Une relation parasociale
Un concept intéressant sur la psychologie des médias dans lequel vous allez peut-être vous reconnaître, est la relation parasociale. Celle-ci désigne « une relation à sens unique » (Laforte, 2021) qu’une personne entretient avec une figure médiatique quelconque. Par exemple, cela peut être le personnage fictif d’une série télévisée ou une personnalité publique que nous voyons fréquemment sur les réseaux sociaux. Dans ce contexte, l'auditeur.trice a l’illusion d’entretenir une relation véritable, même si ce n’est pas réellement réciproque. Dans les séries, les personnages sont souvent présents durant une longue période de la série, donc le spectateur a le temps de connaître leur personnalité, leurs valeurs, leurs défauts et leurs qualités et même leur passé, au fil de l’avancement des épisodes. Cette connaissance, qui évolue, crée un sentiment de familiarité comparable à celui que l’on éprouve avec nos vrais amis. Dans ce cas, le personnage devient une présence stable et rassurante dans le quotidien du spectateur. De plus, les personnages vivent souvent des expériences ou des émotions déjà vécues par l’auditeur.trice au cours de sa vie. Ce fait renforce l’attachement de l’individu envers le personnage, car il se projette dans cette situation avec ses propres expériences et émotions similaires. Cette empathie repose sur les neurones miroirs qui sont « en quelque sorte le centre de l’empathie chez l’humain, ce qui nous permet de nous mettre dans la peau de l’autre, même si cet autre est fictif.ve. » ( Gauthier, 2018). C’est en s’identifiant aux personnages que nous développons de l’empathie pour eux : « ils optimisent notre aptitude à comprendre les sentiments des autres » ( Bertrand, 2017 ). Comme moi, vous vous êtes sûrement déjà identifié à votre personnage préféré en affirmant : « Moi, je suis elle ! » et de ressentir cette satisfaction de vous reconnaître dans quelqu’un que vous admirez à l’écran.
De plus, la série Friends est un bon exemple pour illustrer le phénomène de relation parasociale. Dans cette série, nous suivons six personnages principaux pendant dix saisons. Ces longues et nombreuses saisons favorisent la création d’une relation parasociale forte. Les personnages sont confrontés à des situations de la vie quotidienne, comme les relations amoureuses, les parcours professionnels et les conflits personnels, ce qui nous permet de bien apprivoiser leurs différents traits de caractère. En les suivant à chaque épisode, ces personnages deviennent familiers, même prévisibles, ce qui renforce le sentiment de proximité et nous permet de mieux comprendre les émotions qu’ils vivent.
IRE. (2025). May 6th in History : 21 years since the end of Friends, the series that maries a generation. IRE. https://www.informacionregional.com.ar/sociales/efemerides-6-de-mayo-a-21-anos-del-final-de-friends-la-serie-que-marco-a-una-generacion-79597.html
Le binge-watching
Le phénomène du binge-watching, qui se définit par « le fait de regarder trois épisodes ou plus d’affilée. » (Fruhauf, 2025) intensifie l’attachement qu’on peut ressentir envers un ou plusieurs personnages d’une série. L’accessibilité des plateformes de streaming, comme Netflix, favorise ce principe d’attachement puisqu’on peut s’immerger complètement dans la série, sans devoir attendre une semaine pour regarder le prochain épisode. Par exemple, Stranger Things est une série qui utilise beaucoup de « cliffhanger ». Elle nous laisse sur le bord de notre chaise à chaque fin d’épisode. Cette tactique à pour but de donner envie de continuer à regarder les épisodes suivants. Les personnages deviennent omniprésents durant cette période, occupant une place importante dans l’attention et les émotions du spectateur.
Le binge-watching renforce aussi la continuité émotionnelle avec les conflits, les drames et les évolutions des personnages, qui sont vécus sans interruption. Cette citation l’explique bien : « Ainsi, les personnes qui ont tendance à regarder des séries de manière intensive seront plus susceptibles de construire des univers mentaux prolongés. » (Fruhaut, 2025). Ça peut donner l’impression de partager une tranche de vie avec eux, ce qui intensifie l’attachement et rend la séparation, lorsque la série se termine , plus difficile pour certains spectateurs. Par exemple, finir les 21 saisons de Grey’s Anatomy et se rendre compte que nous ne sommes pas réellement des médecins dans un hôpital, peut nous provoquer de la tristesse.
La récompense émotionnelle
L’attachement aux personnages s’explique aussi par le concept de récompense émotionnelle. Lorsqu’on regarde une série, on réagit aux épreuves du personnage par des émotions positives ou négatives sans subir directement des conséquences réelles. Ce principe rend l’écoute à la fois intense et plaisante si le personnage réussit quelque chose, évolue ou surmonte des épreuves lui faisant ressentir une forme de satisfaction émotionnelle. À l’inverse, leurs échecs ou leurs pertes peuvent provoquer de la tristesse et nous libérer de nos propres émotions. Cette récompense émotionnelle agit comme une intensification du lien : plus le spectateur ressent d’émotions grâce aux personnages, plus il est incité à continuer de regarder la série et à s’y attacher. Après plusieurs visionnements, les personnages peuvent même devenir des sources de réconfort qui sont omniprésentes dans les moments de solitude, de stress ou d’incertitude. Cette forme d’attachement explique aussi pourquoi nous préférons regarder plusieurs fois une même série, au lieu de commencer une nouvelle série.
Références :
Bertrand, C. (2017). Voici pourquoi il est sain de pleurer devant une série. Madame Lefigaro. https://madame.lefigaro.fr/bien-etre/pourquoi-est-il-sain-de-pleurer-devant-une-serie-280217-130180#
Fruhauf, C. (2025). Le "binge-watching" pourrait réduire le stress et stimuler l'imagination. TF1. https://www.tf1info.fr/sante/le-binge-watching-pourrait-reduire-le-stress-et-stimuler-l-imagination-2394998.html
Gauthier, M. (2018). L’attachement aux personnages fictifs : mais pourquoi les aime-t-on autant ? Ton Petit Look. https://tonpetitlook.com/2018/09/24/lattachement-aux-personnages-fictifs-mais-pourquoi-les-aime-t-autant/
Jaeger, S. (2024). Mon ami.e qui ne me connaît pas – Relations parasociales. Dr. Sonia Jaeger. https://www.sonia-jaeger.com/fr/mon-ami·e-qui-ne-me-connait-pas-relations-parasociales/
Laforte, M. (2021). Mieux comprendre le phénomène des relations parasociales. NoovoMoi. https://www.noovomoi.ca/vivre/bien-etre/mieux-comprendre-phenomene-relations-parasociales.html
Thibaud, I. (2024). 5 bienfaits des séries sur la santé mentale. Psychologies. https://www.psychologies.com/actualites/loisirs-et-culture/5-bienfaits-des-series-sur-la-sante-mentale-583544
