Par Marie Véronique Ross
Photo : Marie Véronique Ross
Lexique
Nonna : Grand-mère italienne
Nonno : Grand-père italien
Nonnis : Grands-parents italiens
J’écris ce texte au lendemain de la célébration des 90 ans de ma Nonna. En regardant autour de moi hier, j’étais émue de voir tout l’amour que son entourage lui portait. Née en 1936, à Cave, dans une commune située dans la région de Rome, Nonna, en a vu de toutes les couleurs. Je comprends, maintenant, pourquoi on dit « la sagesse des vieux ». Par malchance, elle a dû subir les quatre ans de misère de la Deuxième Guerre mondiale en Italie. Elle a arrêté l’école en quatrième année puisqu’elle trouvait, comparée aux autres étudiants, qu’elle était trop vieille. Nonna, n’a jamais eu la plus grande des confiances en soi. Mais pour elle, l’éducation était synonyme de réussite.
Pour moi, c’est son parcours qui est la définition de la réussite.
À l’âge de 21 ans, elle a rencontré mon Nonno. Ils se sont mariés à l’âge de 22 ans et à l’âge de 24 ans, mon oncle était déjà au berceau. Je peux dire qu’à mes 22 ans, je ne suis définitivement pas au même endroit qu’elle l'était. Comme ma mère me dit souvent, on ne peut pas comparer les époques ! Tourner la page, après la guerre, était difficile. Peu de temps après, mes Nonnis ont finalement décidé de quitter l’Italie pour venir s’installer à Montréal.
Ils avaient en tête le désir d’une meilleure qualité de vie.
Arrivés dans le quartier d’Ahuntsic, mes Nonnis se sont bâtis une nouvelle vie. Ils ont appris le français pour mieux se jumeler à la population québécoise et ils ont appris les bases de l’anglais. Ils ont eu de la chance d’avoir des voisins tout aussi italiens, ce qui leur a permis de garder quelques repères culturels. Mon Nonno, après avoir suivi le cours qu’il pouvait se payer, a travaillé comme débosseleur et ma Nonna a consacré sa vie à sa famille. Peu à peu la famille s’est agrandie avec l’arrivée d’une petite fille (ma mère) et un autre petit garçon (mon plus jeune oncle). Ma mère m’a toujours dit que chez les Ronci, on parlait italien à la maison, mais on devait écouter la télévision en français et aller à l’école en anglais. Tout pour s’intégrer au Québec. Même si Nonno se débrouillait très bien en français, il s’amusait à dire que si tu étais en mesure de dire « tsé tsé la la », tu étais un vrai québécois.
Je peux dire qu’ils ont fait un excellent travail pour élever leurs trois enfants.
Au fur et à mesure que les années passent, les gens vieillissent. À l’âge de 53 ans, ma Nonna a perdu l’amour de sa vie, moins de deux semaines après le mariage de ma mère, ainsi que celui de son plus jeune fils. Une épreuve encore difficile à franchir. Cela ne l’a pas empêché de continuer à être la typique grand-maman italienne.
Pendant plusieurs années, elle nous a accueillis, la grosse famille que nous sommes, chez elle pour les repas et plus encore. Elle nous servait ses délicieuses lasagnes. Même si la faim n’y était plus on l’entendait : « mangia mangia ». Demandez à tous ceux qui sont déjà venus à la maison : sa lasagne est effectivement incroyable… Je me rappelle encore ces moments, lorsqu’on quittait en cachette la table des enfants pour aller dans la cuisine pour qu’elle nous donne des polpette (boulettes) qui restaient dans le fond de sa bonne sauce aux tomates. Au-delà des saveurs, elle venait en renfort pour ma mère. Étant ma seule figure grand-parentale, son parcours m’a toujours impressionné. Très orientée vers la famille, Nonna a toujours été très présente pour nous. Et cela continue avec son arrière-petit-fils qu’elle regarde avec des yeux pleins d’amour.
C’est le bonheur absolu.
Laisser son pays natal et sa famille derrière pour un futur meilleur n’est pas facile.
Femme immigrante, femme forte, femme inspirante, je pense qu’elle devrait avoir la plus grande des confiances en elle. Elle devrait être fière de la vie qu’elle a menée et de la famille qu’elle a créée.
La diminution de son autonomie des dernières années ne l’empêche pas de nous montrer son amour. Depuis les six dernières années, elle habite avec nous, et au quotidien, nous avons la chance de lui rendre cet amour en retour.
C’est maintenant à nous de prendre la relève.
Con amore
